Simandou : Djiba Diakité veut éviter que les revenus du projet soient engloutis dans les dépenses de l’État
Les futures recettes du projet Simandou doivent-elles servir à financer les dépenses courantes de l’État ? Pour Djiba Diakité, la réponse est clairement non. Le ministre, directeur de cabinet de la présidence de la République, défend plutôt la constitution d’une épargne nationale à travers un fonds souverain destiné à préserver une partie de ces revenus pour les générations futures.
Alors que la Guinée s’apprête à tirer d’importantes ressources de l’exploitation du fer de Simandou, le débat sur la gestion de cette manne financière commence à prendre une nouvelle dimension. Pour Djiba Diakité, ces revenus doivent être considérés comme un capital stratégique et non comme une recette ordinaire du budget national.
« Les revenus de Simandou, pour nous, c’est de l’argent dont la Guinée n’a pas besoin pour vivre. Nous avons vécu déjà plus de 60 ans sans Simandou », déclare-t-il.
Le président du Comité stratégique de Simandou estime que cette manne doit permettre au pays de franchir une nouvelle étape dans son développement. L’ambition affichée est de transformer les ressources minières en un patrimoine financier durable.
« À travers la vision du chef de l’État, Son Excellence le général Mamadi Doumbouya, nous faisons de la souveraineté économique la clé du développement de la Guinée », explique le responsable.
Épargner plutôt que tout dépenser
Pour Djiba Diakité, le véritable défi commencera lorsque les revenus de Simandou commenceront à alimenter les finances publiques. Il ne suffira pas, selon lui, de percevoir ces recettes puis de les injecter immédiatement dans les dépenses de l’État.
« Si Simandou arrive, l’objectif, ce n’est pas juste de prendre l’argent à dépenser. Comment l’utiliser stratégiquement ? D’où le fonds souverain pour mettre une bonne partie de cet argent pour assurer un fonds intergénérationnel », souligne-t-il.
Cette proposition repose sur une idée simple : une partie des revenus issus du minerai doit être épargnée et investie afin de générer des revenus sur plusieurs décennies.
Le ministre dresse, à cet égard, le constat d'une gestion publique principalement orientée vers la couverture des dépenses de l'année en cours.
« En fait, l’État guinéen, c’est un père de famille qui est très bien. Mais en réalité, à la fin de chaque année, c’est un père de famille qui a dépensé tout ce que les impôts et douanes ont mobilisé. Quand vous venez demander le 15 janvier, qu’est-ce qu’il y a dans les caisses ? Ils vont vous dire tout ce qui a été présenté sur la liste, la chaîne de dépenses a été dépensée », analyse-t-il.
Un patrimoine pour les générations futures
Le fonds souverain envisagé devrait ainsi permettre à la Guinée de conserver une partie de la richesse générée par Simandou, au lieu de la consommer entièrement.
L'objectif, selon Djiba Diakité, est de constituer progressivement un capital dont les rendements pourraient contribuer aux finances publiques dans le futur.
« Il s’agit de savoir comment faire en sorte qu’avec ce fonds souverain, qu’on puisse cumuler des revenus pour les générations futures ? Nous d’abord, mais aussi pour les générations. Pour que demain, quand nos enfants viendront, ils viendront regarder dans la caisse de l’État, les impôts et douanes continueront toujours à mobiliser, mais on verra aussi qu’il y a un fonds qui n’est pas dépensé et qu’on vit des intérêts de ce fonds », assure-t-il.
Derrière cette stratégie se dessine donc une volonté de faire de Simandou plus qu'un simple projet minier : un levier de transformation économique et un moyen de constituer, pour la première fois, une épargne publique susceptible de bénéficier aux générations futures.
Kogno Célestin Sagno pour 224infos